Culture de l’osier

Un des attraits du métier de vannier est la possibilité rare qu’il offre de pouvoir appréhender l’ensemble des étapes d’un cycle de production. Il s’établit au stade de la fabrication une relation particulière et indéfinissable avec ce végétal que l’on  a cultivé et apprêté.

Il ne faut toutefois pas se voiler la face; produire des brins de qualité n’est pas chose facile, les embûches sont nombreuses: accidents climatiques (grêle, sécheresse), prédateurs (chevreuils, campagnols, insectes divers, champignons (rouilles),… Cultiver son matériau n’est d’ailleurs pas une obligation, plusieurs professionnels français fournissent des osiers de qualité et je me fournis également auprès d’eux autant que de besoin.

Outre leur aspect (couleur, texture, lorsqu’ils sont travaillés en brut, avec leur écorce), les osiers diffèrent par leur mécanique (flexibilité ou au contraire douceur des brins, aptitude à la torsion pour la fabrication des poignées) et leurs caractéristiques géométriques, taille (purpurea norbury produit par exemple des brins d’une longueur moyenne de 1,00 m contre 2,40 m pour purpurea helix), calibre, conicité. Les choix de variétés dans une vannerie, avant de répondre à des critères esthétiques, ont avant tout une fonction mécanique; c’est particulièrement vrai pour les montants; tenter une bordure de panier compliquée avec un osier mou est voué à l’échec, mais avec le même osier on fera une bordure d’emboîtage parfaite.

Cultiver une gamme de variétés adaptée à son terroir et apte à couvrir l’ensemble de ses besoins constitue je trouve un pari difficile à relever.

variétés

Les osiers sont des saules et appartiennent donc au genre botanique Salix. En gros en France sont cultivées cinq espèces principales à l’intérieur desquelles on trouve une foule de variétés et d’hybrides naturels, ce sont les salix triandra, viminalis, purpurea, fragilis et alba. Pour ma part je m’intéresse surtout aux trois premières. Depuis une exposition à  laquelle j’ai participé en Angleterre en 2003 et des échanges avec des vanniers anglais, j’ai procédé à des essais de nombreuses variétés anglaises que j’intègre progressivement à ma plantation. Ma surface totale cultivée est d’environ 1.200 m², avec une petite dizaines de variétés auxquelles s’ajoutent de nombreux essais, mais l’oseraie est en constante évolution: abandon des essais infructueux, multiplication progressive des variétés intéressantes.

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bouture de salix viminalis au démarrage de la végétation

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Le même rang de viminalis quelques années plus tard au mois de mai

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vue partielle de l’oseraie au mois de juin

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au mois d’août: panier appuyé contre le rang de purpurea avec lequel il a été clôturé (photo Olivier François)

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décembre: deux rangs de purpurea peu avant la récolte

soins à l’oseraie

Les couleurs et qualités vannières des brins ne s’expriment que dans des conditions agronomiques optimales. Le contexte pédo-climatiques du centre Dordogne étant celui de sols acides et d’un climat estival souvent chaud et sec, je suis amené à remonter le pH périodiquement par chaulage et à parfois arroser au goutte à goutte à partir d’un puits qui s’assèche malheureusement assez vite. Je mulche également les rangs les plus sensibles à la sécheresse. A cela s’ajoute le travail habituel dans toute oseraie: binage (motobineuse), désherbage (manuel), contrôle des prédateurs et maladies. Je n’emploie aucun pesticide hormis un traitement annuel contre la rouille sur deux rangs de triandra et un traitement insecticide contre les chrysomèles du saule en cas d’attaque précoce et massive, ce qui n’est arrivé qu’une fois en douze ans. Toutes mes tentatives biologiques de contrôle des chrysomèles ont pour le moment échoué, j’ai prévu de nouveaux essais en 2013. Je ramasse  quotidiennement les adultes des chrysomèles du peuplier lorsqu’elles apparaissent.

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Les brebis permettent le contrôle de la végétation des abords de l’oseraie

coupe

Je coupe tout l’osier à la main, à l’aide d’une forte serpette, entre fin novembre et janvier selon les variétés.

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coupe de l’osier, décembre 2012

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aspect de souches de viminalis coupées à la serpette

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transport des bottes jusqu’au hangar avec le tracteur bleu

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mon outil de coupe favori

tri, séchage

Après mise à l’écart des brins branchus ou abimés, j’effectue le tri par longueur classiquement au tonneau avec un décrément de 20 cm. Je mets à sécher les bottes d’osier brut en position verticale, il faut surveiller l’apparition de moisissures ou les démarrages de végétations intempestifs au grenier lorsque le temps est chaud en février ou mars.

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tonneau de tri par longueur

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bottelage

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grenier de séchage avec panneaux d’identification des variétés

osier blanc

Je privilégie la fabrication en brut et produit assez peu d’osier blanc. L’osier devant être blanchi (décortiqué) est mis au routoir, ouvrage ménageant une tranche d’eau de 15 ou 20 cm destiné à la reprise de végétation des brins. A la montée de sève, au mois de mai, correspond le développement du cambium, assise séparant l’écorce du bois qui permet un décorticage plus aisé.

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l’osier mis au routoir juste après la coupe et le tri

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décorticage manuel de bâtons d’osier à l’aide d’un ciroir (au second plan, l’osier dans le routoir au mois de mai)
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décorticage mécanique motorisé depuis le tracteur bleu

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détail de l’intérieur de la décortiqueuse (tambour muni de ciroirs métalliques)

Pour en savoir plus sur la culture de l’osier, et en particulier la mise en place de petites oseraies individuelles, se reporter à la brochure “cultivation and use of basket willows” éditée conjointement par the Basketmakers Association (voir lien) et IACR Long Ashton Resarch Station.